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SOS marchés publics pour les Pouvoirs Adjudicateurs et Entités Adjudicatrices => Autres => Discussion démarrée par: hpchavaz le Mars 29, 2026, 03:31:31 PM

Titre: La double contrainte bureaucratique
Posté par: hpchavaz le Mars 29, 2026, 03:31:31 PM
Je partage une réflexion qui m'a frappé en lisant un article de Kevin T. Baker dans The Guardian du 26-03-2026  (https://www.theguardian.com/news/2026/mar/26/ai-got-the-blame-for-the-iran-school-bombing-the-truth-is-far-more-worrying)« (https://www.theguardian.com/news/2026/mar/26/ai-got-the-blame-for-the-iran-school-bombing-the-truth-is-far-more-worrying) AI got the blame for the Iran school bombing », relatif au bombardement d'une école ayant fait de très noubreuses victimes au début de la campagne menée par les forces militaires des USA (et Israël) en Iran, et expliquant que si l'IA (Anthropic Claude) n'y est pour rien, les raisons profondes n'en sont pas moins alarmantes.

Le sujet de l'article est donc apparament éloigné de ce forum. Toutefois, Baker définit ce qu'il appelle le « bureaucratic double bind » (la double contrainte bureaucratique) : comment une organisation a besoin du jugement humain pour fonctionner, tout en étant obligée de nier ce même jugement pour paraître impartiale et purement régie par les règles.


Cette tension m'a semblé résonner avec le quotidien de la commande publique, où la procédure et la notation servent souvent de paravents mathématiques à des décisions.


Voici donc une tentative d'application du concept aux deux piliers de la commande publique que sont la gestion de la procédure et la notation.


Le niveau procédure :

Au premier niveau, la procédure de passation (appel d'offres, procédure formalisée) est présentée comme un tunnel de règles où l'acheteur ne serait finalement qu'un exécutant.


Le niveau notation : le nombre comme bouclier politique

C'est ici que la référence de Kevin T. Baker à Theodore Porter (Trust in Numbers) est la plus frappante. La notation est l'outil par excellence pour faire disparaître la marge laissée à l'acheteur derrière l'arithmétique.

L'analyse des offres est en partie subjective (appréciation de la valeur technique, de l'esthétique, de la compréhension du besoin). Pourtant, l'acheteur doit traduire ce sentiment en une note. Le nombre sert de « preuve » d'objectivité.


Les acheteurs ne sont pas dupes, pire même d'un certain point de vue, ils intrumentalisent les notes: ils forcent les écarts pour diminuer le risque juridique.



Synthèse du parallélisme

Concept de BakerApplication à la commande publique
Interprétation les règlesRectifier une erreur matérielle, régulariser, ou interpréter une variante.
Régies d'apparenceLe respect du Code de la commande publique comme dogme.
Remplacement du jugement par un nombreLa grille de notation et les formules.
Disparition des choix effectués L'acheteur qui dit : « C'est la note qui a décidé » / « C'est l'OEPA » , oubliant qu'il a construit la grille de notation.

Le danger identifié par Baker est concret : à force de vouloir protéger l'achat public de la critique en multipliant les règles automatiques et les chiffres, on a fini par éloigner l'acheteur de son métier. On remplace l'achat intelligent par une gestion de conformité.